• Le merle

    "On devrait chaque jour apprendre quelque chose de nouveau"

    Maude in Harold et Maude


    Adoption !

    Aujourd'hui j'ai appris à tenir un merle en main. Un petit merle brun au grand bec et à la moue triste qui tentait des explorations des alentour du nid. Un petit aventureux qui escomptait que celles-ci se poursuivraient toujours et qui a réalisé trop tard que les feuillages, c'est comme le nid : ça a une fin.

    Battant follement des ailes, trop courte, cette petite boule de plumes duveteuses qui se transformaient doucement en véritables plumes aux filets serrés, n'a réussi qu'à ralentir sa chute et atterir en catastrophe sur les dalles du trottoir. Entre maison et voiture.

    Peu de chance qu'il vive longtemps, entre les chats errants, les chiens en laisse et les voitures, sans nul endroit pour se cacher, alors que son nid était à 2 m 50. Aussi je l'ai acculé contre une façade, sous le regard vaguement narquois de gens qui voulaient bien donner des conseils ou assister à la manoeuvre, mais ne pas s'y impliquer.

    Et me voila avec en main une petite chose qui piaille à plein gosier dans ce language mélodieux qui est celui des merles. Attention, pas les belles roucoulades du coucher du soleil qui donnent à nos soirées une athmosphère mélancolique mais celui vitupérant du merle rageur. Avec mon index à portée de main, il a au moins eut quelque chose sur laquelle passer sa rage. L'oisillon devait avoir faim. Moi je me retrouvait en train de cogiter à toute vitesse avec en main une chose fragille que je n'osait trop serrer, que j'avais peur de maltraiter, et qui profitait de la cage lâche de mes doigts pour tenter de s'evader en battant des ailes tant qu'il pouvait.

    Que faire ? remettre l'oisillon dans son nid ? La meilleure solution, s'il voulait bien y mettre un peu du sien. Contrairement aux mamifères, les oiseaux n'ont aucun problème avec les petits qui ont été manipulés par des gens et acceptent de continuer à les nourrire. Mais pour cela, il fallait atteindre le nid. L'oiseau était déjà grand, j'aurais pu le soigner moi-même, m'en faire un ami, le voir grandir... Oui mais le chat ? Le chat n'en aurait fait qu'une bouchée, serait devenu fou, l'aurait tellement effrayé qu'il en serait mort. Et puis pour cela, il fallait arriver jusque chez moi, avec ce petit protestataire dans les mains.

    La première personne que j'ai abordée pour lui demander secours a prétendu ne pas habiter la rue... pour s'engoufrer dans une maison à 5 metres après m'avoir distancé de quelques grandes enjambées. Le seconde a relevé le nez de son saut de javel la croix et a été me chercher une chaise dont je me suis servie pour tenter de remettre l'oisillon dans son nid.

    Je n'ai fait qu'un seul essais, l'arbre était trop haut, l'oisillon n'a pas attrapé de branche et est tombé immédiatement sur la rue, pour courrir sous une voiture. Je l'ai récupéré trois voitures plus haut, réfugié dans un enjoliveur, après m'être à moitié couché sur le bitume mouillé. Quand je l'ai vu disparaitre sous les voitures en stationnement, lieu que je sais être le petit boulevard des chats en maraude, j'en aurais pleuré de dépit et d'angoisse, j'ai eut peur de ne jamais réussir à le rattraper et de devoir l'abandonner là au sol, si vulnérable. Un triste terme pour ma belle entreprise. Aussi, lorsque je l'ai récupéré, je n'ai pas fait de second essais.  

    J'ai donc reporté sa chaise à cette brave personne, et j'ai pris le chemin le plus sensé, celui du vétérinaire à deux rue de là. Heureusement que j'étais dans mon quartier et que je connaissait l'adresse.

    J'en suis ressortie une demi-heure plus tard, guère plus, avec en poche une seringue, en tête quelques conseils et tenant d'une petite cage à rongeur dans laquelle mon poussin boudait en toisant le vaste monde. Qui le regardait en échange avec attendrissement. Ou bien était-ce moi dont on admirait le grand coeur ? Dorénavant, je saurais comment attraper un oiseau, paume sur son dos, l'index et le majeur de chaque coté de sa tête, l'annulaire, l'auriculaire et le pouce se refermant sur son ventre, les ailes bien plaquées contre le corps, sans serrer.

     

    Adoption ?

    Arrivé chez moi, il m'a bien fallu admettre que s'occuper de ce genre de bestiole n'est pas des plus simples.

    Faire de la bouillie à l'aide de la patée du chat pour l'administrer à la seringue était loin d'être évident. Finalement, j'ai opté pour le pinceau dont je péchait un peu de bouillie pour l'enfourner dans le bec de l'affamé, qui se refermait illico sur sa prise et dont je devait extirper un pinceau fermement maintenu par deux petites tenailles en cornes. Non pas que celles-ci soit bien forte, mais comment savoir si je ne risquait pas de blesser sa langue ? Et quelle quantité donner ? Est-ce assez, un ration grande comme l'ongle de l'auriculaire administrée en deux fois ou bien est-ce ridiculement peu ?

    Au passage, le piaf en a profité pour faire la démonstration de l'étendue de ses poumons, pour tenter une évasion de plus et retapisser une bonne portion de cuisine (et de son plumage) de petites spiquelures de bouillie, à force de secouer la tête. Ce qui a bien sur rameuté le chat, ce grand escogriffe qu'un rien intéresse, surtout si cela peut se manger et mieux encore, si cela peu amuser avant de se manger...

    Et puis je sentais bien que mes parents étaient moyennement enthousiasmés...

    J'ai finalement composé le numéro du Centre de revalidation pour animaux handicapé de la Hulpe, et j'ai décidé de l'y amener le soir même.

    Conclusion

    Désormais, il se retappe une santé dans un cage emplie d'autre bébés merle à différents ages mais encore incapable de voler, dans une nurserie qui tient un peu de l'arche de Noé, où les oisillons corneilles voisines avec les oisillons mésange, où des tas de pigeons dorment placidement tandis que des corneilles de bonne tailles tendent des bec démesuré à l'individu qui s'attarde, histoire de lui faire comprendre ce qu'on attend de lui.

    J'aurais aimé m'en occuper, le voire grandir, le voir voler, le voir revenir, l'entendre chanter. J'ai envie depuis si longtemps d'un oiseau qui viendrait se poser sur mon épaule, fureter dans mes cheveux, piauler un brin... Mais être maman merle, cela n'est pas trop difficile mais n'est pas non plus très évident. Aussi je me consolle en me disant qu'il est entre de bonne main, et que de toute façon j'aurais détester me retrouver l'épaule inondée de fientes blanchâtres.


    Il sont trop vert, dit-il, et bon pour les goujats

    La Fontaine


  • Commentaires

    1
    Miss A.
    Lundi 4 Juillet 2005 à 23:33
    Bonsoir maman merle!
    Si je m'endors pas le sourire aux lèvres, après ce petit bijou de texte... Chapeau pour ta belle initiation! ;-)
    2
    Lledelwin Profil de Lledelwin
    Lundi 4 Juillet 2005 à 23:55
    :)
    Toujours plus fort, demain j'adopte un bébé sanglier. Ha ha, la tronche des voisins quand il vont me voir revenir avec mon 'tit marcassin ! Et la tronche des parents et du copain ! Blague à part : et que pouvais-je faire d'autre que le prendre, le petit malheureux ? J'ai toujours détester les gens qui se détournent, se ferment le coeur et par crainte de se fatiguer l'esprit s'usent l'âme.
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