Sois sage, ô ma Douleur, et tient-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,
Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;
Le
Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
Lorsque m'étreind l'angoissante sensation du temps qui fuit,
Et qui ne laisse derrière lui que les vestiges d'un vain plaisir
Des sensations futiles et fugaces mais nuls souvenirs,
Cette sensation d'un vide qui guette comme l'abime
Qui traque les pas de la danseuse sur sa corde raide, imobile,
Je m'allume une clope, je fume ma peur et consume l'angoisse.
Je tente d'oublier dans mes larmes cette peur qui me mine.
Je n'arrive pas à la poser en rime.